C’est le sujet chaud de la semaine : les organisations lycéennes et étudiantes ont appellé à une nouvelle journée nationale de mobilisation ce mardi 6 octobre, avec le soutien de la FCPE et de plusieurs syndicats de l’Éducation nationale. Entre 400 et 500 lycées sont touchés par une suspension totale ou partielle des cours.
Cœur
par Léa
Ils ont 16 ans, et ce sont eux qui ont lancé le mouvement social de la rentrée. Tout est parti le 21 septembre d'un seul lycée, Saint‑Exupéry à Créteil. Dix jours plus tard, le 1er octobre, plus de mille établissements étaient touchés dans toute la France. On peut discuter la méthode. On ne peut pas leur reprocher de se taire.
Car ce qu'ils réclament n'a rien d'une lubie d'adolescents : des classes de plus de 35 élèves, des professeurs absents jamais remplacés, des bâtiments dégradés, des emplois du temps intenables. Ce n'est pas un slogan, c'est leur quotidien. Et ce sont les mêmes problèmes que les personnels de l'Éducation nationale dénoncent depuis des années. Les profs le disent, et les parents de la FCPE marchent à leurs côtés.
Mieux : ça bouge déjà. En quelques jours, le ministre de l'Éducation a annoncé une plateforme de concertation ouverte à tous les lycéens. Preuve que leur voix porte quand elle s'élève ensemble.
Les violences ? Elles sont réelles et indéfendables : des poubelles incendiées, des abribus détruits, des affrontements avec la police. Mais réduire tout un mouvement à ses débordements, c'est la meilleure façon de ne jamais entendre ce qu'il dit. On rêve de citoyens engagés à 30 ans ? Il faut accepter qu'ils commencent à 16.
Gueule
par Hugo
Personne ne conteste qu'il manque des profs ou que des classes débordent. Le problème n'est pas la colère, c'est ce qu'on en fait. Lundi 5 octobre, plus de 400 établissements scolaires étaient fermés en France. Derrière ce chiffre, il y a des centaines de milliers d'élèves privés de cours, y compris tous ceux qui n'ont rien bloqué et qui préparent le bac. Drôle de façon de défendre le droit d'étudier que d'empêcher les autres de le faire.
Ensuite, il y a la violence, et elle n'est pas marginale. À Besançon, des policiers et des pompiers ont été visés par des jets de pierres. Sur la seule journée du 1er octobre, 1 949 personnes ont été interpellées, et l'IGPN a été saisie de trois enquêtes après que des lycéens ont été blessés. Quand des adolescents de 15 ans se retrouvent face aux gaz lacrymogènes, personne ne peut appeler ça une victoire.
Il y a aussi la récupération. À sept mois de la présidentielle, dans un climat politique électrique, chaque camp a intérêt à souffler sur les braises ou à les éteindre à son profit. Les lycéens risquent de devenir les figurants d'un combat qui n'est plus le leur.
Enfin, une porte s'est ouverte : le ministre de l'Éducation a lancé une plateforme de concertation à laquelle tous les lycéens peuvent contribuer. Imparfaite ? Sans doute. Mais une revendication se gagne aussi autour d'une table. Continuer à bloquer, c'est prendre le risque que l'on retienne les poubelles brûlées plutôt que les classes surchargées. Et ce serait le pire service à rendre à leur propre cause.