Facturation électronique : la mise en route qui coince

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Gueule

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA et établies en France doivent être capables de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire doivent en plus émettre toutes leurs factures dans ce format et transmettre leurs données de transaction à l’administration. Pour les PME et les micro‑entreprises, l’obligation d’émettre arrivera le 1er septembre 2027. Les factures doivent aussi comporter quatre nouvelles mentions obligatoires, dont le numéro SIREN du client et la nature de l’opération (vente de biens, prestation de services, ou les deux).

L’objectif affiché est de fluidifier les échanges entre entreprises, de libérer 15 milliards d’euros de trésorerie et de lutter contre la fraude à la TVA.

Une plateforme obligatoire… et payante

Pour recevoir et envoyer ces factures, une entreprise ne peut pas se contenter d’un simple e‑mail avec un PDF. Elle doit passer par une plateforme agréée par l’État. Le portail public gratuit initialement prévu a été abandonné : il faut donc souscrire auprès d’un opérateur privé. Un sénateur de l’Aude a interpellé le gouvernement en septembre sur ce point : pour les artisans, commerçants et indépendants, cette obligation crée une charge administrative et financière nouvelle, difficile à supporter avec peu de moyens.

Et beaucoup n’étaient pas prêts. Au 1er septembre, selon le ministère, un tiers des entreprises concernées n’avait pas encore choisi sa plateforme.

Ce qui coince sur le terrain

Les premières semaines ont révélé des problèmes très concrets. Des factures sont rejetées à cause de données manquantes ou erronées. Des problèmes d’adressage empêchent des factures d’arriver au bon destinataire. Chaque plateforme applique ses propres règles et délais de validation, ce qui alourdit le travail des entreprises qui jonglent avec plusieurs clients. Certaines soupçonnent même des clients de rejeter des factures sans raison valable pour retarder le paiement.

Conséquence : des entreprises pourtant prêtes voient leurs paiements retardés parce qu’un partenaire ne l’est pas, et doivent parfois recourir à des financements bancaires coûteux pour tenir. À Limoges, un boucher, Guy Salesse, envisage de fermer son commerce, en partie à cause de cette réforme.

Une tolérance, mais pas de solution

Face à ces difficultés, le gouvernement a annoncé le 1er septembre qu’aucune sanction ne serait appliquée en 2026, au titre d’une phase « d’écoute et de tolérance ». C’est un répit, pas une réponse. Le coût des plateformes reste à la charge des entreprises, et la complexité ne disparaîtra pas au 1er janvier.

L’exemple italien invite à la prudence : en Italie, où la facturation électronique se déploie depuis 2019, les retards de paiement persistent, avec une moyenne de 17 jours. La réforme française peut encore tenir ses promesses. Mais pour l’instant, elle demande surtout du temps et de l’argent aux entreprises qu’elle devait aider.

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